Les pianos Gaveau





 

LA MAISON GAVEAU

Manufacture de Pianos

1847-1971

 

 

Fondée à Paris en 1847 par Joseph Gaveau (1824-1903) la Maison Gaveau était une des trois grandes marques françaises de piano – avec la Maison Erard (fondée en 1780) et la Maison Pleyel (fondée en 1807) – qui ont dominé la vie musicale française jusqu’au milieu du 20ème siècle. Elle était arrivée la dernière, elle a pris son envol à partir du début du 20ème siècle et c’est avec elle que la grande tradition nationale de piano a pris fin, un peu plus de cent vingt ans plus tard.

            A l’époque de la fondation de la Maison Gaveau, les grandes inventions qui ont façonné l’instrument ont été déjà accomplies. En effet, c’est dans les années 1820 que furent déposés les brevets les plus importants qui ont déterminé la structure de l’instrument moderne.

            Ainsi le principe du mécanisme utilisé actuellement dit « à double échappement » fut breveté par Erard à la fin de l’année 1821 à Londres et en début 1822 à Paris.

            Ensuite venait en 1825 le brevet du cadre métallique coulé d’une seule pièce déposé par Babcock à Boston aux Etats-Unis.

            Pape est l’inventeur d’un élément essentiel du piano moderne : les  marteaux recouverts de feutre au lieu de cuir comme auparavant et le brevet fut déposé en 1826 à Paris.

            Le croisement des cordes des pianos actuels était une idée déjà fort ancienne. Le piano à ses origines – appelé pianoforte pour avoir la possibilité de jouer doucement ou fort contrairement au clavecin – avait comme ce dernier, dont il avait hérité le dispositif harmonique (mais non pas la mécanique !), des cordes disposées parallèlement les unes aux autres. L’idée de faire passer les cordes des graves par-dessus du médium pour leur donner un peu plus de longueur (et donc un peu plus de volume sonore) était appliquée dans les petits pianos carrés déjà tout au début du 19ème siècle : on la trouve dans des pianos à bon marché qui étaient un peu méprisé pour leur sonorité alors considérée comme pauvre. Le brevet fut déposé par Pape en 1828, également à Paris, cette fois-ci pour son application dans des petits pianos droits.

            Une trentaine d’années plus tard, en 1859, Steinway allait breveter aux Etat-Unis l’idée d’une combinaison du cadre métallique coulé d’une seule pièce et du croisement des cordes destinée maintenant au grand piano à queue de concert et on l’a appelé la « nouvelle technologie ». Elle allait concurrencer l’ancienne méthode des cordes parallèles soutenues par un cadre composite que l’on pourrait alors appeler la « technologie classique ». La « nouvelle technologie allait s’imposer et déterminer l’avenir du piano et profondément modifier la sonorité de l’instrument, la technique d’exécution ainsi que l’interprétation pianistique.

            La maison Gaveau n’était donc pas pionnière dans le développement du piano comme l’étaient ses aînés Erard et Pleyel ; elle appartenait à cette deuxième vague de grands facteurs de pianos qui se sont installés à la seconde moitié du 19ème siècle pendant laquelle l’industrialisation prenait le pas sur l’artisanat.

            Outre le chef de file de la « nouvelle technologie », Steinway, cette vague comportait des facteurs très importants tels que Beschstein et Blüthner en Allemagne (par un curieux trait du hasard, ces trois sociétés ont été fondées en 1853). Les deux facteurs allemands ont adopté assez rapidement cette « nouvelle technologie » de Steinway et ensemble ils en ont fait une promotion d’une telle force et efficacité que la « technologie classique » (surtout défendue par Erard en France, par la firme Broadwood [fondée en 1769)] en Grande-Bretagne et par la firme Chckering [fondée en 1823] aux Etats-Unis) était progressivement poussée dans une situation d’infériorité qui a fini par l’éliminer totalement.

            Les deux technologies ont leurs points forts et leurs faiblesses. La « nouvelle technologie » donne aux instruments une solidité exceptionnelle qui permet une tension des cordes extrême donnant une puissance sonore inégalée mais au détriment des harmoniques, du timbre. Avec sa sonorité homogène et immédiatement jolie, plus percutante mais moins personnelle, le piano moderne est aussi plus passe-partout que l’instrument classique : il peut servir (et il sert) pour exécuter la musique de Bach jusqu’au Jazz.

            La sonorité produite par les instruments construits selon la « technologie classique », même dans son état le plus évolué, a des qualités plus variées : elle est plus riche en harmoniques, plus chantante, plus délicate mais ayant besoin d’une technique pianistique plus complexe pour faire ressortir toutes ses possibilités. Ceci va avec des performances de puissance sonore à peu près semblables à celles de la « nouvelle technologie » tout au moins au stade de son développement à cette époque.

            On peut constater pour les deux catégories des dimensions accrues, une grande solidité, une puissance sonore fortement augmentée (mais, en ce qui concerne les pianos fabriqués selon la « technologie classique », sans doute insuffisante pour les salles surdimensionnées et les orchestres hypersonores de notre époque, auxquels la « nouvelle technologie » s’est naturellement adaptée).

            Précisons que la Maison Erard, un des défenseurs acharnés de cette « technologie classique », a construit dès 1850 des grands pianos à queues de concert ayant un cadre composite complet, solide mais assez léger, portés à l’étendu de 90 notes (au lieu de 88 notes adoptées habituellement) et & l& longueur de 2m60 (au lieu de 2m40 auparavant) mais, bien sûr, toujours à cordes parallèles. Ces pianos à queue de concert ont été qualifiés comme les plus accomplis jamais construits. Il faut comprendre par là qu’il s’agit d’un piano équilibré, avec des basses très présentes et sonores (mais qui ne dominent pas comme dans des pianos modernes), un médium ayant des timbres très variés où il est possible de faire mélanges sonores infinis et dont l’aigu est une peu court mais scintillant qui complète bien les harmonies de l’instrument qui a conservé ce halo moiré des anciens pianofortes.

            Il est donc permis d’admettre que les pianos construits selon la « technologie classique » après 1850, instruments solides, ayant une étendue et une puissance sonores augmentée, et que l’on pourrait appeler des « pianos classique » pour les différencier des pianosfortes, plus délicats et fragiles, sont tout de même plus proche des instruments du temps des compositeurs dits « classiques » et « romantiques » que les pianos modernes.

            Les cordes parallèles ont gardé par ailleurs la préférence de certains compositeurs jusqu’à la première moitié du 20ème siècle, notamment, de Gabriel Fauré qui a gardé son quart de queue Erard à Maurice Ravel qui est resté fidèle à son demi-queue Erard jusqu’à sa disparition en 1937. A l’heure actuelle quelques adeptes rares existent toujours et qui vont revivre ces « pianos classiques » de façon très marginale en concert et quelques fois aux disques.

            La Maison Gaveau était en fait peu concernée par ces rivalités entre la « technologie classique » et la « nouvelle technologie ». Au départ elle aurait suivi la grande et prestigieuse Maison Erard en adoptant les cordes parallèles. Mais malheureusement peu de documents peuvent attester avec précision de l’évolution des pianos de cette marque pendant les premières décennies qui suivent la fondation : les registres de fabrication antérieurs à l’année 1908 ont disparu probablement dans l’incendie qui a ravagé l’usine de Fontenay-sous-Bois en banlieue- Est parisienne le 12 mars 1908. Il nous reste les brevets détenus à l’Institut Nationale de la Propriété Industrielle (INPI). Ceux qui datent de 1880 et de 1883 donnent en exemple des figures qui montrent les pianos droits à cordes parallèles obliques. Le passage aux cordes croisées se situerait aux alentours de l’année 1890. Le catalogue de 1899 montre une quasi-totale conversion à la « nouvelle technologie ».

            L’ascension de la Maison Gaveau est assez lente, ce que démontrent les récompenses successives aux Expositions Universelles de Paris : la médaille de Bronze à celle de 1855, Argent en 1867 et la médaille d’Or en 1878 et en 1889, Gaveau était hors concours à l’Exposition Universelle de 1900. Il n’y a pas eu de concerts de représentation avec des instruments de Gaveau pendant les Expositions Universelles comme c’était le cas avec des marques prestigieuses Erard et Pleyel ou encore avec ceux des firmes alors fort connues telles que celles de Henri Herz ou Mangeot, ce qui indique que Gaveau n’était pas encore dans la cour des grands à la fin du 19ème siècle.

            Il est à noter que les succès obtenus par Steinway et Bechstein furent immédiats. En effet, les grands virtuoses comme Paderewski et Anton Rubinstein ont soutenu Steinway dès le départ et c’est sur un piano de concert de Bechstein qu’a été créée la sonate de Franz Liszt à Berlin en 1857 (donc 4 ans après la création de la firme et cet instrument était encore équipé de cordes parallèles). On a affirmé que Gaveau aurait pris les instruments de Bechstein comme modèle pour concevoir ses pianos modernes (et Pleyel se serait tourné vers Steinway).

            Le vrai démarrage des pianos de concert Gaveau se situe en 1903 où pour la première fois un instrument de cette marque sonne lors d’un concert avec l’Orchestre Lamoureux : le fait à été signalé par « la Revue Musicale » du 15 juillet 1903. A cette époque les pianos à queue de cette firme étaient tous équipés de cordes croisées et de cadre en fonte ; pour certains modèles de pianos droits, on pouvait encore choisir entre cordes croisées et cordes parallèles et ces dernières étaient parfois tendues sur un cadre en fonte.

            L’ouverture de la Salle Gaveau  en 1907 a confirmé et amplifié le succès de la marque. Elle était la première vraie salle de concert à Paris qui peut contenir 1000 auditeurs et elle prenait tout de suite une place centrale dans la vie musicale parisienne. On y jouait naturellement sur des pianos de concert Gaveau mais dans les rares cas les pianistes y introduisaient d’autres marques – on peut trouver dans les annales de cette époque quelques Erard ou Pleyel pour les Français et un rarissimes Steinway pour un pianiste étranger. Dans ce cas il fallait alors louer l’instrument ce qui pouvait être très onéreux et donc dissuasil. Alfred Cortot, par exemple, y jouait sur Pleyel mais Arthur Rubinstein, encore en début de carrière, devait accepter (à contrecoeur) le Gaveau maison.

            Il est donc intéressant de noter que les pianos de la Maison Gaveau ne faisaient pas l’unanimité, ils avaient leurs supporters mais également des adversaires farouches. Le fait que la marque avait été fondée plus tardivement qu’Erard et Pleyel – qui avaient développé chacune une personnalité sonore très marquées, fortement liée aux compositeurs et pianistes du passé – la sonorité des pianos Gaveau paraissait à cette époque un peu impersonnelle. On a rapporté que Clara Haskil avait refusé aux années 1920 l’offre très attractive de la Maison Gaveau de la soutenir dans sa carrière : cependant, bien plus tard, au Festival de Besançon en 1956, où elle avait accepté de jouer sur un Gaveau, le témoignage sonore, pris sur le vif, fait attendre un très beau concert et quelques fausses notes pour lesquelles le piano n’y était pour rien.

            D’un autre côté, plusieurs pianistes ont accepté de jouer pour la Maison Gaveau. En premier lieu Marguerite Long, pianiste - concertiste et pédagogue célèbre, par exemple. Il y a eu aussi José Iturbi, un pianiste virtuose très connu internationalement avant la seconde guerre mondiale qui faisait des tournées en Asie avec des pianos Gaveau. (Décédé en 1980 et au moment de la liquidation de son héritage, son quart de queue Gaveau de 1m77 de long construit en 1948, qu’il avait gardé, a été mis à prix aux enchères en Avril 2008 en Californie pour 1 680 dollars au bénéfice de la Fondation Iturbi, le demi-queue Steinway en valait 16 800…). Il y eu aussi Georges Cziffra qui collabora même à l’amélioration de la sonorité des pianos de concert Gaveau (il en a possédé lui-même un, construit en 1948). Notons également que deux célèbres pianistes allemands, Wilhelm Backaus et Wilhelm Kempff, ont joué sur Gaveau et pas uniquement à la Salle Gaveau. En 1955 Wilhelm Kempff a accepté de jouer sur un gaveau à Nancy (où l’instrument avait été loué) et même à l’étranger, à Istanbul (où la Maison Gaveau avait vendu un piano à queue de concert en 1948).

            Comme c’est le cas pour le pianoforte et le « piano classique », les pianos de concert de la Maison Gaveau sont actuellement utilisés sporadiquement pour des enregistrements discographiques récents et d’une façon marginale mais ceci complète une discographie d’avant la Deuxième Guerre mondiale et des deux décennies qui l’ont suivie où les pianos français ont abondamment servi pour des enregistrements en France, souvent sans en préciser la marque.

            Somme toute, les pianos de la Maison Gaveau étaient d’excellents instruments, les exemplaires de pianos de concert restant avec lesquels sont faits des enregistrements discographiques récents en témoignent. Pourquoi cette marque a-t-elle alors sombré, aussi bien qu’Erard et Pleyel ? La réponse à cette question est difficile à donner et nécessite une étude plus approfondie. Toutefois, après avoir présenté des documents que nous avons pu rassembler concernant la marque et, ensuite, tracé un bref rappel de l’histoire du piano français, nous allons tenter d’y apporter l’ébauche d’une explication en plaçant ce naufrage dans une esquisse du climat musical très particulier dans lequel il s’est produit.

 

Pour en savoir plus sur la prestigieuse maison Erard nous vous recommandons un livre très bien conçu dont nous vous avons reproduit de nombreuses pages (le piano Erard d’un millénaire à l’autre de Jean Jacques TRINQUES l’Harmattan).

 

 

L’harmattan

5-7 rue de l’école-Polytechnique

75005 Paris

FRANCE

 


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