Pianos Pleyel

 

PLEYEL : Chopin était inséparable de son piano PLEYEL et le restera dans l'histoire à jamais. Ce piano malgré sa taille (1,64) a une puissance étonnante avec une couleur sonore exceptionnelle et probablement unique au monde.
 

IGNACE PLEYEL

            Ignace Pleyel ne rêvait-il pas, en inscrivant son nom au bas de ses partitions, à de plus belles lettres, des lettres d’or qui illumineraient son premier pianoforte ?

            Le rêve devint réalité. La réalité devint mythe. Et de briller encore et pour toujours au firmament de notre facture instrumentale, il n’est dans le domaine de plus grande et pathétique histoire. Une aventure industrielle, humaine, sociale.

            Du petit atelier parisien du boulevard Bonne-Nouvelle à l’usine moderne d’Alès, nous vous invitons, pour l’entame de ce troisième millénaire, à la découverte de l’un des plus beaux fleurons de notre patrimoine.

« Tu ajoutes, par tes travaux, à notre talent musical à tous les deux. »

Joseph Haydn
 

« Bonne et heureuse chose pour la musique si Pleyel est en état de nous remplacer Haydn. »

Wolfgang Amadeus Mozart

Vienne, 24 avril 1784

 

IGNACE PLEYEL

Compositeur, éditeur, facteur de pianos

             Autant en emporte le vent… et l’histoire. Si le nom de Pleyel est aujourd’hui universellement connu, il le doit bien plus à la production de ses pianos qu’à ses compositions musicales. Sa notoriété, si immense soit-elle au début du XIXème siècle, ne laisse rien présager d’une telle destinée ; d’autant qu’au contraire de ses futurs confrères, Ignace Pleyel ne vient ni des métiers du bois, ni de celui des instruments de musique. Un parcours atypique, l’exception qui, dit-on, confirme la règle.

            Son talent pour l’écriture musicale lui assure une grande célébrité, « presque autant que Haydn » nous dit un contemporain, et sa production, assez importante en quantité, se compose essentiellement de musique instrumentale mais aussi vocale et théâtrale. Quelques unes de ses œuvres sont toujours publiées et jouées, notamment celles pour petits ensembles et orchestre. On lui doit entre autres plus de 40 symphonies, des quintettes, une cinquantaine de trio avec piano, violon, flûte, etc … des duos pour violon, 6 symphonies concertantes, environs 60 quatuors à cordes, et 2 opéras : Ifigénia in Aulide ( représenté à Naples en 1785 ) et Die Fee Urgele ( pour marionnettes ). Notons (serai-ce la ressemblance de style ?) que deux de ses trios ont été longtemps attribués à Haydn (Hob. XV. 3 et 4). Sa méthode de piano (1797) a été souvent rééditée.

Ignace Joseph Pleyel naît le 18 juin 1757 à Ruppersthal, en Basse-Autriche, une petite localité située au nord- ouest de Vienne. Son père Martin Pleyel, un modeste maître d’école, aura après deux mariages (Quelques rares récits font état de trois mariages. Il est probable que la vérité se situe à deux), 38 enfants et meurt quasi-centenaire 

Ignace en est le 24ème, sa mère perdant la vie en le mettant au monde. Celle-ci, Anne-Thérèse ( ?) était de famille très noble mais déshéritée à cause de sa mésalliance. Cela n’empêcha point le jeune Ignaz, tout en montrant très tôt des capacités intéressantes pour l’écriture musicale (Johan-Baptist Wanhal (1739-1813) fut son premier professeur. Il écrivit deux opéras ainsi que de la musique de chambre) de trouver un protecteur, en l’occurrence le Comte Ladislas Erdödy (en 1772). Ce dernier le mettra pour cinq ans et à ses propres frais (pour 100 louis par an), en pension à Einsenstadt, chez Joseph Haydn, le maître de l’époque qui en fera son élève le plus célèbre (Haydn et Erdödy initièrent le jeune Pleyel aux pratiques de la loge maçonnique Zum goldenen Hirschen). Présenté à Gluck en 1776, celui-ci lui aurait dit, après avoir écouté une de ses compositions : « Mon jeune ami, maintenant que vous avez appris à mettre des notes sur le papier, il ne vous reste plus qu’à apprendre à en effacer. » 

Puis vint (comme il se doit à l’époque) la période de l’initiatique voyage en Italie, voyage de la consécration espérée ou en tout cas d’une certaine reconnaissance. En vérité, il en fera plusieurs, à Naples et Rome essentiellement. Là il y rencontrera les plus grands compositeurs et musiciens du moment. Présenté au roi Ferdinand IV, il lui écrira quelques pièces pour une sorte de vielle à roue (Certains récits évoquent une sorte de lyre). C’est certainement à l’occasion d’un de ces séjours que lui est faite la proposition d’assister le maître de chapelle Franz-Xavier Richter (François-Xavier Richter (Holleschau, Moravie, 1709-Strasbourg 1789 de l’école de Mannhein a laissé des œuvres remarquables dont 68 symphonies, des compositions pour ensembles à cordes et beaucoup de musique religieuse) à la cathédrale de Strasbourg. En acceptant, il obtient le droit de bourgeoisie. Dès lors, Ignaz l’autrichien devient Ignace, citoyen français.

C’est à Strasbourg que Pleyel connaîtra l’apogée de sa carrière créatrice (il signa en 1786 l’un de ses plus importants contrats avec l’éditeur parisien Imbault. De ses rapports d’affaires avec ce milieu très particulier, certains s’avérèrent plus ou moins chaotiques, à se terminer parfois dans les prétoires). Il y compose la majorité de ses œuvres et peut-être, comme l’affirme plusieurs historiens, la musique de « La Marseillaise ». (Il écrit en 1791 la musique d’un « Hymne à la liberté » sur des paroles d’un de ses ami, Rouget de l’Isle. Avons-nous à ce sujet un confusion ou une relation ? Nous savons seulement que notre hymne national est écrit suite à une commande du jour même, dans la nuit du 24 au 25 avril 1792, époque ou Pleyel séjourne à Londres. Puis, il sera imprimé de mai à août sans nom d’auteur…).

En 1783, il prend la direction de l’école de musique du Cardinal de Rohan, et dirige à partir de novembre 1786 avec J.Ph. Schoenfeld le Concert public des Amateurs à la salle du Miroir.

Le 22 janvier 1788 il épouse Gabrielle Lefevre (Fransiska, Gabrielle, Ignata Lefevre 1786- ?, fille d’Etienne Lefevre, tapissier-ébéniste et de Marie Gabrielle Peyre. Chez eux, à Strasbourg, Ignace aurait conçu les plans d’un pianoforte) qui lui donnera quatres enfants : deux garçons, Camille et Gabriel, puis deux filles, Virginie et Eugénie.

Nous voici déjà en 1789. François-Xavier Richter décède le 12 septembre et c’est dans l’ambiance délétère que l’on imagine qu’Ignace prend sa succession comme maître de chapelle de la cathédrale Notre-Dame. Ses compositions religieuses du moment auraient d’après Fétis (François-Joseph Fétis, Bibliographie universelle des musiciens en dix volumes, Paris, œuvres rédigée de 1835 à 1844. Fétis, Mons 1784-Bruxelles 1871), était professeur et bibliothécaire au conservatoire de Paris, puis maître de chapelle du roi de Belges et directeur au Conservatoire royal de Belgique. Il composa des œuvres pour piano, de la musique de chambre et religieuse, des opéras-comiques etc… mais passera à la postérité pour ses traités et importants travaux de musicologie) disparu dans un incendie.

« Libéré » rapidement de ses fonctions, il ne tarda pas, comme beaucoup, à mettre le « Channel » entre sa personne et sa patrie d’adoption (il restera en Angleterre de décembre 1791 à mai 1792).

A Londres, il reçoit plusieurs invitations pour diriger des concerts. A cette époque, l’actualité musicale de la capitale britannique est nourrie (pour ne rien dire enflammée) par deux organisations de concert rivales : le Professional Concert de W.Cramer (le père de J.B. Cramer), et le Symphony Concert du violoniste Salomon (1745-1815). Cette dernière ayant (pour la deuxième année consécutive) engagé Haydn, le professional Concert choisit Pleyel. Se retrouvant malgré eux en compétition, le maître et l’élève ne se fâchèrent point, laissant sur leur faim tous ceux qui prédisaient la rupture d’une longue amitié. « Nous partageons notre gloire également, et nous retournerons contents chacun chez soi » écrit Haydn.

Les succès des concert de Londres font une grande publicité tant aux artistes qu’aux compositeurs… et sont très lucratifs (selon la tradition, les bénéfices du dernier concert de la saison revenaient au compositeur. Il pouvait, en une seule soirée, gagner une somme importante, représentant jusqu’à une fois à deux fois le salaire moyen annuel de l’époque). De retour en France, Pleyel achète le château d’Itenwiller, un ancien prieuré sis près de Strasbourg. Sûrement est-ce là que germent en lui de nouvelles velléités ; peut-être même y fait-il ses premières armes en tant que vendeur de pianos. Frédéric de la Grandville (bibli.20) écrit : »… à cette époque, Jean-Baptiste Erard envoie des pianos au compositeurs Pleyel, comme le piano carré n° 2 604, vendu le 20 avril 1793 au Citoyen Pleyel à Strasbourg, (source : registres de la fabrication Erard), ce dernier faisant probablement office de vendeur avant de fonder sa célèbre firme à Paris en 1805. » 

Mais nous sommes à cette date dans l’une des périodes les plus troubles de l’histoire de France, entre la première et la deuxième Terreur.

Accusé d’hostilité aux nouvelles idées et de sympathie envers l’aristocratie, le pauvre Ignace se voit obligé pour échapper à la guillotine de se mettre en conformité avec les nouvelles autorités : il sauvera sa tête par la composition d’un « Toscin allégorique » ou « la Révolution du 10 août 1792 », une œuvre descriptive aux réminiscences de « ça ira » et d’autres chants populaires, avec chœurs, salves d’artillerie et le triomphe du peuple.

Il décidera donc, après cet épisode pour le moins tourmenté, de vendre son château et de partir s’installer à Paris, dans le quartier de la Chaussée d’Antin. Nous sommes en 1795. C’est plus précisément au mois de mars 1795 que Pleyel s’installe définitivement dans la capital. Il ouvre une modeste boutique de musique et d’éditions au 13, rue Neuve des Petits Champs et commence par publier quelques une de ses œuvres puis celles de ses confrères, Haynd bien sûr, dont la collection complète de ses quatuors, Mozart, Méhul, Beethoven, Boccherini, Dalayrac, Hummel, etc… Le premier, il a l’idée de lancer dès 1802 une collection en format de poche, la « Bibliothèque Musicale », au pris plus avantageux. 

Les ouvrages historiques n’apportent que peu d’éléments sur les circonstances l’ayant amené à passer du statut de compositeur à celui d’éditeur puis facteur de piano. Son renom est alors à l’apogée et on peut penser qu’à chaque fois, il mettra de tout son poids cette réputation dans la balance. Un almanach de musique sort en 1795 à Saint-Pétersbourg, présentant quatre biographies de compositeurs, et faisant part belle à Pleyel, au milieu de Mozart, Haynd  et Bach. Son portrait figure même au frontispice du volume. On peut penser que ses relations musicales d’Outre-Manche, notamment son ami Muzio Clementi, lui-même éditeur à Londres, ne sont pas étrangères à ‘idée de donner à sa carrière une orientation nouvelle. On sait qu’à l’époque l’imprimeur, qui utilise des caractères d’imprimerie, est soumis au « privilège royal » alors que le métier d’éditeur est entièrement libre. L’entreprise demeure cependant plus risquée et s’avère plus ou moins lucrative. Nous devinons que celle-ci ne donnera pas les résultats escomptés.

L’édition présente certaines particularités comme celle d’être tributaire de la mode…et la mode de l’éphémère ! La revue Pleyel n°46 de juillet 1927 publie un article de ch.Van Den Borren qui, à travers des « Souvenirs bruxellois de la famille Pleyel », nous offre quelques précisions :

« Ayant eu l’occasion, récemment, d’examiner de près une importante collection de programmes de concert appartenant à la bibliothèque du conservatoire de Bruxelles, j’ai été particulièrement frappé par les fluctuations du goût musical dont sont parfois victimes les artistes de valeur. Parmi ces derniers, Ignace Pleyel (1757-1831) est à coup sûr l’un de ceux auxquels on pourrait justement appliquer les termes de « grandeurs et décadence ».

 

Il est incontestable que, vers 1800, il est le musicien le plus à la mode dans toutes l’Europe occidentale. Producteur fécond, éditeur de ses propres œuvres à partir de 1745, il encombre le marché international de ses innombrables sonates, quatuors, symphonies, etc… comme le dit fort justement Riemann, sa musique était de celle qui se vendait le mieux, parce qu’elle répondait le plus parfaitement au goût moyen du public.

Remarquons que ce goût n’était pas mauvais. Sans doute Pleyel a trop d’abondance, de facilité ; il travail plus en surface qu’en profondeur ; ses développements sont faibles. Mais il a de l’invention, de la verve et on ne peut guère lui reprocher d’être monotone ou ennuyeux. Il a été le plus grand vulgarisateur de Haydn et de Mozart, qu’il a pratiqué non sans grâce et avec une tendance somme toutes très modérée à l’affadissement.

Il y a encore, chez lui, beaucoup de cette veine aristocratique du XVIIIème siècle, pleine de finesse, de légèreté et d’enjouement, et s’il ne hante point les hauteurs auxquelles ont accédé ses deux compatriotes autrichiens, il n’en a pas moins contribués à donner, aux dilettantes de la période révolutionnaire, la saine illusion d’un art qui n’était point de pacotilles, et auquel on ne peut faire aucun reproche de vulgarité…

…L’année 1800 paraît avoir été, partout, la plus glorieuse pour notre musicien. Trois programmes bruxellois de cette saison font allusion à lui…

…Le 22 novembre 1800 (1er frimaire, an IX)…Pleyel d^y affronter la concurrence de Haydn, dont on interpréta un andante, une symphonie, et « la Création », depuis le chaos jusqu’après l’apparition de la lumière, autrement dit, le premier jour de la Création du Monde. L’étoile bruxelloise de Pleyel pâlit-elle devant cette « lumière » ? Toujours est-il que pendant trois ans, le nom du grand favori 1800 n’apparaît plus dans notre collection de programmes …

Suivent seulement deux concerts, fin 1803 et le 28 janvier 1804, où sont jouées deux symphonies.

... puis plus rien jusqu’en 1809. On dirait que l’oubli commence à étendre ses voiles sur l’œuvre aimable du trop abondant Ignace. Et il en est bien ainsi : car, si l’on met à part la symphonie exécutée le 9 janvier de cette année et celle donnée le 15 janvier 1810, aux concerts de la Société des Amateurs de Musique, plus jamais, dans la suite, son nom ne reparaîtra sur les programmes des auditions musicales bruxelloises.

La mode, impitoyable, a rendu son verdict. C’en est fait de ce classicisme agréable et léger, de cet écho affaibli du XVIIIème siècle élégant et frivole. Ce qu’exige maintenant le goût moyen, c’est une virtuosité plus excitante et des inflexions plus molles, mieux en accord avec les aspirations sentimentales du préromantisme bourgeois. »

L’avènement du siècle nouveau représente assurément un virage important dans la carrière de notre compositeur.

On relève, à l’époque, un prêt consenti par Méhul aux époux Pleyel. Il semble, qu’en ce qui concerne leurs rapports financiers, ce prêt de dix mille livres soit le seul concédé par l’auteur du très patriotique Chant de Départ. Il devait, d’après les historiens, aider Ignace à monter sa manufacture de pianos. Or, la date ne colle pas : ce prêt est contracté le 16 messidor an 8, ce qui correspond au 5 juillet 1800. Nous pouvons en déduire que Méhul n’a aidé Ignace Pleyel qu’à l’époque où il était éditeur. Cela confirmerait l’état de santé relativement précaire de la maison d’éditions Pleyel ; mais pourrait aussi démontrer le côté visionnaire de notre homme, envisageant déjà autre chose. N’oublions pas qu’il a pu, depuis sa période alsacienne, goûter au négoce d’instruments ou d’accessoires. Et dans ce contexte n’avait-il pas, alors qu’il créait en 1802 sa fameuse collection en format de poche, la tête ailleurs ?...

Effets de mode et désaffection du public ont, de toutes façon, incité Ignace à insuffler un vent nouveau à sa carrière musicale. De là à envisager une association avec un facteur de pianos, il n’y a qu’un pas relativement facile à franchir. Bien que n’étant pas de la partie, il tentera tout de même l’expérience avec Charles Lemme (pour peu de temps). Quand au doit disant concours du facteur de pianos Henri Pape, nous allons en reparler. En tout état de cause et comme nous dirions aujourd’hui, il savait rebondir. 

Rapidement, donc, Pleyel étoffe ses activités d’éditeur par la vente d’instruments divers, notamment les harpes, les cordes et les pianos. En 1809, de plus en plus impliqué dans son entreprise de fabrication, il se décharge des affaires de l’édition en nommant un mandataire. Il tentera aussi, au moment de ses problèmes financiers de 1803, de vendre sans succès cette partie de son patrimoine. 

Cette vente se réalisera toutefois, mais bien plus tard, en juin 1834, presque trois ans après sa mort (notons qu’une partie de cette vente échoua à Prilipp (et non Prelipp, comme on voit souvent écrit), celui fut, avec Baumgarten, parmi les meilleurs ouvriers d’Allemagne embauchés par Pleyel dès le début, vers 1807-1808, nous pouvons définir son cursus comme inverse à celui de son employeur : issu de la facture du piano, il finit sa carrière comme éditeur. Pour notre part nous pensons qu’il s’installe comme facteur de pianos indépendant entre les années 1815 et 1820, et plus concrètement, nous relevons quelques indications dans l’agenda Musicale de 1836 réimprimé chez Minkoff, Genève, 1981 : on le trouve encore à la rubrique des facteurs de pianos, au 31, rue de Clichy en 1835, et au 35 rue, de la Chaussée d’Antin les deux années suivantes. Ce n’est qu’à partir de 1836 que son nom apparaît chez les éditeurs : Prilipp et Compagnie, acquéreurs d’une partie du fond d’I.Pleyel. ). D’ici là, la maison Pleyel aura adapté son catalogue à la demande croissante de musique plus légère et édité, à travers près de trois mille titres, des fantaisies, chansonnettes et autres romances.

Constant Pierre, musicologue et secrétaire adjoint au conservatoire de Paris vers la fin du siècle (bibl.13), nous dit qu’après avoir fourni une brillante carrière comme compositeur et éditeur de musique, Ignace Pleyel prit la résolution de s’établir facteur de pianos, à l’âge de 50 ans. Un domaine qui lui était étranger.

Nous retrouvons régulièrement dans les écrits ces mêmes termes : « un domaine étranger… étranger aux affaires… »

Il semble qu’Ignace soit resté un artiste toute sa vie. Mais, conscient des énormes problèmes liés à la gestion et surtout à la fabrication, il s’associe rapidement, en bonne intelligence, avec un facteur de pianos, Charles Lemme et, affirment les historiens… Henri Pape plus tard. Nous devons, au sujet de cette dernière collaboration rester très prudents : rien en effet ne prouve que Pape et Pleyel ont travaillé ensemble. La plupart des ouvrages spécialisés réitèrent depuis des décennies ce qui pourrait n’être qu’au départ qu’une pure invention, ou à la limite, une extrapolation infondée. Tous voient Pape entrer chez Pleyel vers 1810, et pour certains en devenir le directeur en 1815. Nous préférons à ce sujet (et jusqu’à preuve du contraire) suivre Catherine Michaud-Pradeilles qui a consacré sa thèse de musicologie à Pape. Elle pose réellement la question (bibl.20) : « que fit-il durant les six premières années passées à Paris ? La légende veut qu’il soit allé chez Pleyel. En réalité, Pape fit quelques aller et retour en direction de Londres sur les traces d’Erard, dont le retour définitif en France ne se situe qu’en 1815 ».

Collaboration ou pas, profitons de l’occasion pour consacrer quelque lignes à ce contemporain d’Ignace et Camille Pleyel. Johan Heinrich pape, né à Sarsted (Hanovre) le 1er juillet 1789, mort à Asnières le 2 février 1875, fut le plus inventif de nos facteurs de pianos. Il est connu pour avoir déposé 137 brevets dont beaucoup ne furent pas suivis. Sur les 73 exclusivement destinés à la facture du piano, on retiendra ceux toujours appliqués des têtes de marteaux en feutre (1826), et des cordes croisées (1827).

Il s’installera vers 1817. Là aussi, nous avons trop peu de renseignements : nombre d’ouvrages situent la création de sa propre fabrique entre 1815 et 1818… Pape se fera remarquer par diverses constructions d’inégales utilités : le piano console d’un mètre de hauteur, un système mécanique de piano à queue avec les marteaux au-dessus des cordes (1827-1835), le piano sans cordes (celles-ci étant remplacées par des lames métalliques), mais aussi celui avec un double montage des cordes pour obtenir un contre tirage, le piano à deux tables d’harmonie reliées par une âme, le piano table, le piano rond, ovale, hexagonal, etc… Il obtint diverses récompenses, dont plusieurs médailles d’or de 1823 à 1851. 

Aussi bizarre que cela puisse paraître, les historiens ont plus souvent signalé cette collaboration Pape Pleyel, aujourd’hui supposée fausse, que celle bien réelle avec Charles Lemme. 

Charles Lemme, originaire de Braunschweig (1769-1832) fabrique déjà des clavicordes et des pianofortes quand il s’installe à Paris en 1799. Son association avec Pleyel durera peu de temps, officiellement du 1er décembre 1805 au 25 février 1808, en réalité moins. Ignace apporte l’argent, Lemme son savoir-faire. C’est Alain Roudier, par son ouvrage (bibl.17), qui nous apporte toute ces précisions. On apprend aussi que Lemme produit régulièrement jusqu’à la fin des années 1820, et qu’il est l’auteur d’une nouvelle Méthode de musique et gammes chromatiques. Une très rare production commune, signée des deux hommes est un piano carré à huit pieds, six pédales et 5 octaves ½. Il porte le n°2360 et est disposé sur une petite estrade. Cet instrument magnifiquement décoré a sûrement fait l’objet d’une commande spéciale. Il trône actuellement au sein d’une collection espagnole.

C’est donc fin 1807, avant même que la dissolution de son association avec Lemme soit prononcée, que Pleyel s’installe dans ses propres ateliers. Ces débuts seront difficiles et nous pouvons penser que la grande maison Pleyel n’aurait jamais existé sans l’aide et l’apport financier d’amis musiciens et surtout l’arrivée de son fils Camille aux affaires. Nous verrons cela plus loin.

Son épouse était contre ce qu’elle appelait « un nouveau caprice ». Elle essaya de l’en dissuader :

« Crois-moi, mon ami, lui écrit-elle, au lieu de tous ces pianos, harpes etc…, nous ferions bien mieux de graver toutes sortes de petites œuvres demandées tous les jours, qui n’exigent pas de grandes avances et dont la rentrée est sûre. » 

Constant Pierre rappelle ces débuts :

« … et fonda en 1807 sa célèbre manufacture de pianos. Les premières années de sa nouvelle exploitation n’offrent rien de saillant, c’était la période d’organisation. Etranger à la facture, Ignace Pleyel trouva dans son fils Camille (né à Strasbourg le 18 décembre 1788), un auxiliaire actif et expérimenté qui lui succèdera en 1824. »

Le 13 juillet 1813, il écrit à son fils : « Les affaires vont extrêmement mal, je ne voit personne pour acheter, je n’ai vendu ni pianos, ni harpes, même pas une pauvre guitare…j’ai quarante pianos tout prêts à livrer et personne n’en achète. Je crois que mes pianos ne seront connus et estimés qu’après ma mort. » Le commerce souffre énormément au début du XIXème. On ne compte plus les faillites et les liquidations. Pleyel met sept ans à se relever d’une telle situation. Au même moment, son grand concurrent Erard connaît similaire mésaventure.

Ignace Pleyel devra son salut à quelques amis, notamment Kalkbrenner et Rossini. Leur générosité permet à la maison Pleyel de repartir. Elle n’avait fabriqué jusque-là que quelques dizaines de pianos par an. 

De plus, ces périodes d’inventions, de perfectionnements, suscitent bien des ambitions. Par l’évolution des techniques, le machinisme, et le goût nouveau pour le piano carré, le nombre des facteurs de pianos passe d’une poignée en 1800 à une trentaine en 1820 pour atteindre le record jamais égalé de 200 en 1850. Aujourd’hui il n’en reste qu’un : Pleyel, justement, dont l’usine est à Alès, dans le gard.

 

Le « flou pianistique »

        On ne sait exactement combien de pianos ont été construits par Ignace Pleyel. Nous nous arrêterons plus loin de façon arbitraire au nombre de 900 pièces en 1827. Ces chiffres sont les premiers que nous fourniront les archives, mais nous pensons qu’il s’en produisit moins. Cette période du début que nous qualifions gentiment de « flou pianistique » ne voit, à part un brevet d’importation pour des procédés « de fabrication des cordes en cuivre et en fer » (novembre 1810), aucune innovation remarquée.

            Les pianos, par principe, sont tous numérotés, mais nous aurons l’occasion, en vérifiant, de constater d’énormes décalages. Les professionnels disposent de tableaux de datation. La plupart annoncent les numéros 760 en 1810, 1420 en 1815, 2100 en 1820 etc… Nous verrons dans le deuxième chapitre que cela est faux.

            On supposera une baisse de production dans les années 1818-1824. La France connaît à ce moment-là un climat social des plus moroses. Commencent à cette époque des migrations importantes. Les épidémies, les mauvaises récoltes délogent les paysans des campagnes. De pauvres hères envahissent des villes accentuant l’insécurité et l’insalubrité. Les prix, mais aussi les salaires baissent. Pendant que Napoléon va mourir à Sainte Hélène, notre pays tente de s’organiser. Il lui faudra attendre les règnes de Charles X et surtout de Louis Philippe pour voir les premiers signes avant-coureurs d’essor industriel et social.

            Méhul enfin, qui l’avait aidé financièrement au début du siècle, décède en 1817. Cela entraîna l’obligation de rembourser prématurément une importante somme d’argent et freinera les projets d’un Ignace Pleyel déjà sexagénaire. A partir de ce moment là, son fils aîné Camille délaissera les concerts et la composition pour s’impliquer de plus en plus dans l’affaire familiale. Il sera aidé en cela par le grand pianiste Kalkbrenner.

 

FREDERIC KALKBRENNER

            Eminent pianiste, reconnu et même adulé en son temps, Kalkbrenner est indissociable de l’histoire de la maison Pleyel. Nous évoquerons son nom à plusieurs reprises dans cet ouvrage.

                        Né entre Kassel et Berlin début 1785, Friedrich Wilhelm Michael Kalkbrenner commence l’apprentissage de la musique avec son propre père (son père, Christian Kalkbrenner, (Minden, 22/09/1755-Paris 10/08/1806), choriste et violoniste, fut le maître de chapelle du Prince Heinrich à Rheinsberg (de 1790 à 1796). A partir de 1799, il dirigea le chœur de l’Opéra de Paris.) puis se perfectionne au gré de ses voyages en Europe. Peu après son premier prix de piano de d’harmonie à Paris en 1801 (élève de J.L Adam et Catel), il côtoie Haydn et Clémenti (1803-1804), dont il gardera une certaine influence sur son jeu et sa méthode. Partagé entre concerts et leçons, il s’installe à Paris dès 1805. Son étoile brillera à Naples, Vienne, Londres (où il s’établit entre 1814 et 1823). On ne compte plus alors les dames de la haute société à revendiquer le titre d’élève de Kalkbrenner.

            C’est vers 1824 après une tournée triomphale de concert en Allemagne en compagnie du harpiste Dizi, qu’il s’associe avec Pleyel. Il ne se consacre plus dès lors qu’au piano, sa facture, et surtout son enseignement (il abandonnera les concert vers 1835).

            Ses compositions, dans l’air du temps, tomberont dans l’oubli. Des sonates et concertos, des duos, trios, quatuors, etc… On peut toutefois retenir ses préludes op.88 d’un style très proche de celui de Chopin. A noter également le piano avec le « guide mains », un système de son invention plutôt critiqué : « … l’enfant, s’appuyant sur une pièce fixe et résistante, (une traverse en bois, soutenant les avant-bras à hauteur voulue), n’est astreint à aucun effort personnel : aussi, lorsqu’on supprime l’appui auquel il est habitué, se tient-il souvent aussi mal qu’auparavant. Son intention ne mit pas en bonne renommée de son auteur » « D’après un de ses biographes, propos repris par Raoul Brévannes, in « Musica » n°89, février 1910.

            Il crée également un clavier muet pour l’apprentissage et l’exercice des premières études.

            Il y a les pros et les anti-Kalkbrenner, comme il y aura les pros et les anti-Chopin. Voici encore, issues du même journal et visant son jeu aérien et gracile, quelques critiques soignées. Du pur vitriol qu’il faut considérer ici comme un témoignage de la mutation culturelle du temps :

            « …il est le chef d’une école de pianistes qui se recommandent par une minutie d’exécution qui dégénère en mièvrerie. Pour nous, cet artiste n’a jamais occupé qu’un rang très secondaire. Son jeu, mou, efféminé, cotonneux, faisait les délices du beau sexe, qui se pâmait à ses petits traits perlés, à peine effleurés, et aux mines gracieuses, au sourire satisfait, aux grâces penchées, déployées par le virtuose, le tout mêlé à une allure vulgaire et à un ton cabotin qui faisaient justement dire de lui par Koreff qu’il avait l’air d’un bonbon tombé dans la boue. La vigueur et l’accent lui ont toujours fait défaut. Pianiste pour dames, de même qu’il est des cordonniers pour dames, voilà tout ce qu’a été Kalkbrenner »

Frédéric Kalkbrenner décède à Enghien-les-Bains en 1849. il laisse un fils, Arthur (1828-1869), virtuose et compositeur distingué, qui a notamment écrit un opéra : l’Amour (Arthur Kalkbrenner n’est que peu cité dans l’histoire de Pleyel. On le trouve cependant comme commanditaire avec un certain Edouard Rodriguès au moment où Auguste Wolff rentre dans la société pour s’associer à Camille Pleyel le 1er février 1853 (bibl.17, page 26), et également en 1864 dans la société en commandite « Pleyel, Wolff et Cie »).

 

CAMILLE PLEYEL

            Camille, Joseph, Stephen Pleyel, naît le 18 décembre 1788 à Strasbourg. Tout d’abord élève de son propre père, il est ensuite formé par Dussek (1760-1812). Il s’adonne à la composition avant de se révéler excellent musicien et concertiste. « il n’y a plus aujourd’hui qu’un homme qui sache jouer Mozart, c’est Pleyel, et quand il veut bien exécuter avec moi une sonate à quatre mains, je prend une leçon » (F.Chopin). on lui doit trois trio, quelques sonates, rondos et nocturnes, des variations etc… Intéressé aux affaires des 1813 – par procuration du 25 mai, il est nommé mandataire de son père pour l’ensemble de ses activités commerciales (bibl.17) – il entreprend de nombreux voyages et tournées de concerts (on sait , pour l’anecdote, qu’il expédia à l’occasion d’une ou plusieurs de ses tournées, du vin de Bordeaux à son père qui le revendait dans sa boutique d’édition.). Il observe la production des facteurs en vogue à ce moment-là et chez Broatwood à Londres, dont il apprécie la facture, il retient les derniers perfectionnements de l’échappement anglais qu’il adoptera plus tard pour ses pianos.

            Il rejoint son père aux affaires pour, avec son accord, entamer une période de réorganisation de l’entreprise. Nous sommes en 1824. Il a alors 35 ans et son père 67. nous insistons sur cette période car nous pensons que Camille a mis la véritable manufacture Pleyel à partir de 1825 et qu’une nouvelle numérotation ait pu être mise en place à cette époque (cela s’est déjà vu chez d’autres facteurs). Nous verrons plus loin si nous avons raison ou tort, et tenterons un essai de datation pour la période qui nous intéresse.

            Camille Pleyel donnera un indispensable essor à sa manufacture grâce à ses travaux de recherches et d’innovations, à ses capacités de gestionnaire, à ses relations aussi. Ses rapports entretenus avec les grands musiciens de l’époque lui seront d’un grand secours. Kalkbrenner surtout qui avait déjà aidé son père en 1813 et qui, comme on vient de le voir, deviendra son associé, Cramer, Moscheles, steibelt également, mais le plus connu est Frédéric Chopin qui jouera à Pleyle de 1832 à 1848 et fera une énorme réclame pour la maison.

            On cite souvent un concert célèbre en 1835, où cinq virtuoses jouèrent ensemble. Ce furent, avec lui : Henri Herz (facteur de pianos depuis 1825), Ferdinand Hiller, Osborne et Stamaty, le futur maître de Saint-Saëns. Il faut ajouter, dans ce Paris en pleine émancipation musicale, la femme de Camille, Marie, née moke, « gracieux Ariel » de Berlioz (Marie, Félicité, Denise Moke (Paris, 04/09/1811, Saint-Josse-Ten-Noode, près de Bruxelles 30/03/1875) sera fiancée quelques temps à Berlioz.Un rôle bref et ambigu dans une période agitée du compositeur qui courait après son prix de Rome. C’est en obtenant enfin cette consécration qu’il apprit la trahison de celle qui lui « chassait le feu de l’enfer dans le sang ». Camille Pleyel et Marie Moke se marièrent le au printemps 1831, mais se sépareront quatre ans plus tard. Elle reprendra alors ses séries de concerts, puis enseignera de 1848 à 1872 au conservatoire de Bruxelles. Elle donna deux enfants à Camille : Henry (1832-1853) et Louise (1833-1856). Tous deux sont décédés sans successions.), virtuose accomplie et concertiste réputée dans toute l’Europe.

            Camille Pleyel sort dès 1825 le piano unicordes (une corde par note sur tout ou partie de l’instrument). Plus tard, il perfectionne le sommier d’accroches et s’interresse aux désagréments subis par les cadres bois, notamment la trop forte tension des cordes (brevet du sommier dit « prolongé » en 1828). Il essaie plusieurs systèmes de renfort, de barres métalliques. Celles-ci sont placées, selon les périodes et les modèles, devant et/ou derrière la table d’harmonie. (Bien qu’inventé en 1825 par l’américain Babcok, le cadre métallique coulé d’une seule pièce ne sera monté en série par les facteurs français que vers la fin du siècle. Nous y reviendrons).

            A noter son brevet de placage à contre-fil de la table d’harmonie (1830). D’un point de vue déontologique, les facteurs de pianos se sont toujours refusés à admettre et à appliquer cette méthode… jusqu’à nos jours. Nous constatons en effet depuis une vingtaine d’années, la fabrication de plus en plus fréquente de tables d’harmonie en trois plis. Pour le moment, nous pouvons dire que la sonorité n’en pâtit pas et que la résistance aux méfaits des conditions hygrométriques (dessèchement), en semble accrue. Le 14 avril 1829, les Pleyel père et fils règlent les affaires de succession en fondant avec Kalkbrenner la Société « Ignace Pleyel et Compagnie ». Nous observons que Camille n’a jamais tenté de se faire un prénom. Nous n’avons jamais vu de piano « Camille Pleyel » (une société « Camille Pleyel et Cie » est créée en 1829. elle concerne que la fabrication et la vente des harpes. A noter que le brevet 1830 de placage à contre fil résulte des travaux entrepris par le pianiste François Dizi pour cet instrument.). « Ignace Pleyel et Compagnie » avait pour raison sociale la gestion, la fabrication, la vente et la location des pianos. Un second acte de société concerne uniquement la partie d’éditions musicales. Kalkbrenner sera associé financièrement dès ce moment à toutes les opérations menées par la maison Pleyel, et ce jusqu’à sa mort en 1849.

Parmi les investissements d’envergure, citons l’achat en 1843 de terrains rue Rochechouart qui accueilleront plus tard de nouveaux bâtiments pour la fabrication et l’exposition ainsi qu’une salle de concert. Pour ce faire, Camille vendra en juin aux enchères, le commerce d’éditions musicales. Les principaux acquéreurs seront Richault, Lemoine, Prilipp (cf.p.31), Guillaume… on sait qu’Ignace ne verra jamais ce projet se réaliser, mais il aura la satisfaction cinq mois avant sa mort, de savoir l’avenir de sa maison assuré et assisté au mariage de son fils. Dès les années 1830-35, Camille veut gagner une nouvelle clientèle. Il s’essaye au marché international jusqu’ici dominé par les anglais. Par force modifications pour s’adapter aux contraintes climatiques et aux soins apportés à la fabrication de ses pianos, il réussit à s’implanter aux Indes, en Australie et aux Amérique. La maison Pleyel reçoit une médaille d’or en 1827 pour sa première participation à une exposition. Suivront les mêmes en 1834, 1839, 1844 et en 1855, une médaille d’honneur à l’exposition universelle de Paris. Une juste récompense que Camille ne savourera pas : il décède le 4 mai.

            Voici ce qu’écrit le journal d’illustration un mois plus tard, le 9 juin :

« il ne faut pas s’étonner que la moitié des pianos de la fabrication Pleyel soit répandue en Italie, en Espagne, dans les deux Amériques du nord et du sud, au Chili, au Pérou, dans l’Inde, et jusqu’en Australie. C’est au milieu de ce succès industriel, à la veille même de l’exposition industrielle, qui ne peut manquer de la consolider en le confirmant, que M. Pleyel a été enlevé aux amis choisis dont il avait su mériter l’estime, aux nombreux et anciens ouvriers dont il possédait l’affection, qui l’aimaient comme un père, qu’il encourageait de ses conseils et de son exemple, et qu’il aidait dans les moments difficiles, les soignant dans leurs maladies et les associant en quelque sorte à ses dénéfices. »

 Nous observons pour la première fois, dans ces quelques lignes, les signes de bonnes relations qu’essayait d’entretenir Pleyel avec ses ouvriers. Ces nobles dispositions seront suivies par ses successeurs et récompensées par une médaille d’or dans la section d’économie sociale à l’exposition universelle de Paris en 1889. Nous en reparlerons.

 

GABRIEL PLEYEL

Bien qu’il soit hors sujet, nous avons tout de même choisi de vous dire deux mots sur Gabriel Pleyel.

On n’a trouvé aucune trace nous permettant d’affirmer qu’il s’impliqua dans la facture familiale. Considéré comme dissident, (il n’était pas en meilleurs termes avec son frère aîné), il fit route à part, tout seul d’abord, puis en association avec un nommé Pujol. Le moins que l’on puisse dire est qu’il ne marqua pas la facture française de son empreinte.

Nous lisons quelques rares renseignements dans l’ouvrage « Pleyel au temps de Frédéric Chopin » (bibl.17) : « … puis s’associe avec un certain Pierre Pujol le 21 février 1827. ce dernier, simple commanditaire domicilié à Billy sur Aisne, apporte à la société « Gabriel Pleyel et Cie » la somme de vingt mille francs. Gabriel demeure à l’époque au n°42 rue des Martyrs à Paris et reste le seul gérant et responsable de la société jusqu’au 29 août 1832, date de sa dissolution ».

La production de Gabriel Pleyel fut assez modeste. On peut observer dans l’ouvrage sus-cité deux photos d’un piano droit n° 1137 à 2 cordes, oblique, mécanique lames, chevilles plates. Nous ne connaissons à ce jour que peu d’exemplaires en France, tant dans les collections privées que publiques. Pas plus de trois dont le n° 1439 au Musée du Piano de Limoux. On observe aussi sur ce dernier, le numéro 178 (sur le sommier) et 11209 (sur le côté), de quoi y perdre son latin ! Nous sommes là en présence quasi-certaine d’une numérotation fantaisiste ; peut-on imaginer que les numéros de 1 à 1000 ne sont jamais sortis ?

Voici, toujours sur le piano de Limoux, l’inscription complète marquée à l’encre sur la table d’harmonie : « Pleyel et Cie Paris 1831, 1439 » (pas de mention du prénom). Le meuble de forme lyre, est en bel acajou flammé. Le clavier comprend 6 octaves ½, de do à fa, la mécanique est à lames. Montage à 2 cordes par note. Les appliques et les chandeliers ne sont pas d’origine. Nous notons sur la planche d’adresse :

Gabriel Pleyel et Compagnie

Rue Vivenne Galerie Colbert n° 23 et 25

A Paris.

 Pour en savoir plus sur la prestigieuse maison Pleyel nous vous recommandons un livre très bien conçu dont nous avons reproduit de nombreuses pages (Le Piano Pleyel d’un millénaire à l’autre de Jean Jacques TRINQUES L’Harmattan)

L’Harmattan

5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique

75005 Paris

FRANCE


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